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Simone Veil vient de mourir

Simone Veil a disparu le 30 juin. Elle n'était pas seulement une des femmes politiques les plus connues en France et la première Présidente du Parlement Européen, c'était surtout une battante. Simone Veil a été déportée en 1944 à Auschwitz, elle a perdu une partie de sa famille, son père, son frère, sa mère qui eux-aussi ont été déportés. Et pourtant, elle s'est toujours engagée pour la réconciliation franco-allemande. Les enfants du Grand méchant loup ont rencontré il y a quelques années cette grande dame, elle leur a parlé de sa vie, et des leçons qu'elle en tire.

 

Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil

 

Quel métier vouliez-vous exercer quand vous étiez petite ?

Quand j'avais votre âge, je n'avais pas beaucoup d'idées sur ce que je ferais plus tard. Ma mère ne travaillait pas, elle était ce qu'on appelle mère au foyer. C'est vers l'âge de 14-15 ans que j'ai eu envie d'être avocate. J'ai toujours eu envie de m'orienter vers le droit et vers la justice.

<- Photos : Grand méchant loup | Böser Wolf e.V.

Vous avez dit que vous n'aimiez pas le mensonge, pourquoi ?

Je me souviens encore quand j'étais une petite fille, d'avoir menti à mes parents. Il y avait eu quelque chose de cassé et j'avais dit que ce n'était pas moi. Et ça m'est toujours resté comme quelque chose de très lourd à porter parce que j'avais peur que mes parents n'aient plus confiance en moi.

Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil - Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil.

Est-ce que vous avez été la première femme ministre ?

Non, il y avait eu une femme ministre en France en 1947. Valéry Giscard d'Estaing, élu Président de la République, a décidé de nommer des femmes dans son gouvernement. C'est comme ça que je suis devenue ministre alors que je ne faisais pas de politique.

 

Etiez-vous contente d'être la première Présidente du Parlement européen ?

Oui, je crois que ça m'a plus marquée d'être la première Présidente au Parlement européen que de devenir ministre parce que pour moi symboliquement, c'était très important. J’ai été déportée, une grande partie de ma famille est morte en déportation, et j’avais le souvenir, enfant, que l’on parlait beaucoup de la guerre de 1914 et de tous les morts qu’il y avait eu. Entre 1939 et 1945, la barbarie a été encore pire. Ces deux guerres sont très largement nées de conflits entre la France et l’Allemagne, mais ces conflits ont ensuite concerné presque tous les pays du monde. Il fallait absolument éviter pour l’avenir une 3ème Guerre mondiale. Le 20ème siècle a été un siècle tout à fait barbare, et ce qui à mon sens rachète un peu cette barbarie, c’est d’avoir su nous réconcilier et construire l’Europe, notamment grâce aux liens privilégiés noués avec les Allemands.

Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil

Est-ce que la réconciliation, c'est quelque chose d'important pour vous dans la vie ?

Oui, très important, parce que la réconciliation, était la seule possibilité d'éviter une nouvelle guerre. C'est la première fois qu'il n'y a pas eu de guerre entre les Européens pendant une durée aussi longue: 60 ans. La guerre c'est une chose monstrueuse. D'un côté comme de l'autre, les soldats sont obligés de se battre, de s'entretuer. Il y a un très beau film, « Joyeux Noël », sur les fraternisations qu'il y a eu pendant la guerre de 1914. Pendant la nuit de Noël, des soldats français, allemands, écossais ont dit « on fait une trêve » mais dès le lendemain, ils se sont de nouveau entretués. Ce sont des dizaines de millions de personnes qui sont mortes pendant les deux guerres mondiales. Des générations entières en ont été marquées pour la vie. Seule la réconciliation pouvait éviter qu'il y ait à nouveau la guerre. L'exemple donné par les Européens après 1945 alors qu'ils s'étaient tellement battus et entretués pendant des siècles, marquera l'Histoire à jamais.

Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil

Qu'est-ce qui ne vous plaisait pas ou vous ennuyait dans votre métier de ministre ?

Quand on est ministre, on prend des décisions qui sont importantes, pas seulement pour soi ou pour sa famille mais pour son pays. On est forcément stressé on se demande toujours si on a pris la bonne décision.

Est-ce que vous trouvez qu'il y a assez de femmes en politique ?

Il y en a un peu plus en Allemagne qu'en France. C'est déjà un progrès, même si les femmes sont loin d'être à égalité. En France, il y en a beaucoup moins, et on a l'impression que les hommes ne sont pas du tout prêts à leur faire un peu de place.

Est-ce que vous avez parlé de ce qui vous est arrivé pendant la Deuxième Guerre mondiale à Auschwitz à vos enfants et vos petits-enfants ?

Mes petits-enfants, ça dépend. Il y en a qui sont encore très jeunes, j'ai une petite fille qui n'a que six ans, donc je ne lui en ai pas parlé. Aux autres oui, mais je ne leur en parle que si je sens qu'ils ont envie que je leur en parle. Je leur parle surtout de mes parents qui sont morts en déportation, qu'ils sachent qui étaient leurs grands-parents qu'ils ne connaîtront pas. J'avais une adoration pour ma mère qui était quelqu'un d'exceptionnel. Mon frère a disparu ainsi que mon père en déportation, et je ne veux pas qu'on les oublie. Parce que moi je suis réconciliée avec les Allemands, les Allemands d'aujourd'hui ne sont pas responsables de ce qui s'est passé, mais il ne faut pas oublier parce que c'est quand on oublie que les choses risquent de revenir.

Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil - Les jeunes reporters du Grand méchant loup interviewent Simone Veil.

Quel est votre animal préféré ?

J'ai un petit chat que j'aime beaucoup. Depuis qu'il n'y a plus d'enfants à la maison, nous avons eu des chiens, mais on a eu beaucoup de chagrin lorsqu'ils se sont fait écraser. Après, on s'est dit, comme nous voyageons beaucoup, avec un chien, c'est compliqué. Maintenant on a des petits chats. Un petit chat nous attend le soir.

Il s'appelle comment ?

Je ne sais pas. Tous les noms affectueux.

Qu'est-ce qui vous donne du courage pour faire tout ce que vous avez fait ?

Rien de spécial. Je crois que j'aime me battre. J'ai toujours aimé me battre pour des idées ou pour faire des choses. Déjà enfant, j'aimais me battre contre des moulins à vent…

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L'interview intégrale avec Simone Veil en format PDF >

Interview avec Valéry Giscard d'Estaing, Président français lorsque Simone Veil était Ministre de la Santé >

Interview: Alina, Anastasia et David
Dessin: Emilia
Textes, dessin et photos: © Grand Méchant Loup - eEducation Masterplan Projekt
Janvier 2006